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Voyage dans les Cosme

Dimanche 19 juillet 2015

//Rédigé par Buster

L’histoire d’un ex fan des sixties, devenue une star du couteau avant de plonger définitivement dans le tabagisme. A lire en pyjama en écoutant Birkin. Journal d’un caméléon, Didier Goupil, Le serpent à plumes, j’ai tout dit là ?

IM CORR #5La reproduction interdite (Portrait d’Edward James), 1937. Huile sur toile, 79 x 65,5 cm. Rotterdam, Museum Boymans-van Beuningen

Dans son dernier roman, « Journal d’un caméléon », Didier Goupil exhume le cerveau du peintre Roger Cosme Estève, faisant remonter à la lithosphère un matériau complexe, dur comme le granite et friable comme l’argile.

J’aurais pu vous parler de l’âme – entendu au sens aristotélicien du terme – de Roger Cosme plutôt que de son cerveau, mais il s’agit bien de matière grise et même noire, très noire, qui coule dans les allées de ce labyrinthe psychiatrique gouverné par un certain docteur Ripoul, véritable Tom Cruise du cocktail neuroleptique.

L’artiste et son double, véritable sujet du roman, abordé aussi bien par Magritte dans « La reproduction interdite », le portrait inattendu du banquier Edward James, que par Max Ernst avec Loplop, son avatar arrogant et cynique se métamorphosant au fil du temps et des humeurs du peintre avant de se dissoudre à l’aube du nazisme, prend ici des formes multiples comme il en va des roches polyminérales sous l’effet de la pression et de la température.

Ainsi devant son miroir, Goupil voit apparaitre le visage de Cosme, à l’apogée de sa jeunesse, affublé d’une « barbe drue et sombre de marin grec », bref, de mâle dopé aux hormones cédant la place à « l’autre » Cosme, le teint gris, l’œil brumeux, l’air hagard, la cigarette au bec, errant sous la lumière crue des néons.

L’écrivain et le peintre se dédoublant 187 pages durant en une multitude de personnages : Pessoa, Dali, Diogène, des peintres suicidés, des écrivains six pieds sous terre, quelques people, des blondes, des brunes, une rousse et même un couple d’escargots (slurp !).

« JE n’est pas un autre. JE est d’autres « .

On s’en doutait.

Goupil se met dans les souliers de Cosme errant, comme le juif de la chanson, des berges de l’Aigly aux plages de la Costa Brava, aux grottes de la Oualidia, aux trottoirs de Casablanca, Paris, Venise ou Londres prenant le risque de se perdre en chemin, de casser sa boussole, de finir en vrac comme son modèle à compter les pilules de toutes les couleurs, tout en reluquant les seins de Solange sous sa blouse d’infirmière.

C’est toujours ça de gagné.

Buster

Crédits photos : D.R (droits réservés)

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